Action du SACT : « obliger les conducteurs de train à rouler revolver sur la tempe si nécessaire » ?

Plus de moyens pour le personnel et des conditions de travail sécurisées

Le Syndicat autonome des conducteurs de trains (SACT) a fait grève début novembre contre l’augmentation de la charge de travail pour les conducteurs de trains, un point renforcé par les nouveaux horaires en application à partir de décembre. Le temps de changement du poste de conducteur pendant le trajet est parfois limité au strict minimum. Le syndicat s’est également plaint de suspensions de conducteurs sur base d’un examen réalisé par un service externe pour la prévention et la protection au travail, Corporate Prevention Services (CPS) dans lequel les conducteurs doivent répondre à des questions relatives à leurs problèmes de sommeil.

Cette grève a entraîné nombre de débats publics, y compris dans les médias, les réactions ont parfois été très vives contre les conducteurs en grève. Ainsi Hautekiet, sur la radio flamande Radio 1, a estimé que la résistance du SACT était égoïste et allait même à l’encontre de la sécurité à cause de son opposition à cette enquête concernant les conducteurs. A aucun moment la grève n’a été placée dans son contexte, elle a été tout simplement été décrétée inutile. Il n’est donc pas surprenant que les auditeurs de la radio se soient entièrement laissés embarquer dans une grande hostilité à l’égard des actions. Quelqu’un a même écrit sur la page web de Hautekiet que les conducteurs de train ‘‘doivent si nécessaire cessaire être obligé de conduire sous la menace d’un révolver sur leur tempe.’’ Ou encore, que le marché devrait être ouvert aux Européens de l’Est, parce qu’ils ont déjà prouvé ‘‘leur engagement et leur force de travail dans la navigation intérieure par exemple.’’ Les autres syndicats ont froidement réagi, laissant par là-même encore plus de d’espace à l’offensive médiatique. Jean- Pierre Goossens, secrétaire de la CGSP-Cheminots, a qualifié l’action de ‘ ‘frappante’’. Luc Piens, de la CSC transcom, a parlé d’une action ‘‘incompréhensible’’.

N’ont-ils pas tiré les leçons du temps où LOCO, le syndicat indépendant des conducteurs de train, a connu sa percée ? De nombreux conducteurs avaient quitté les syndicats pour construire leur propre syndicat et la seule réponse qu’ils ont reçue était la diabolisation. En condamnant la grève du SACT, alors que la grève repose sur des préoccupations légitimes, ils menacent d’isoler certains militants parmi les conducteurs des organisations reconnues. Cela rend plus difficile de mener des actions unitaires et ouvre la voie à une fragmentation syndicale dans des groupes professionnels spécifiques. Luc Pauwels, du SIC (Syndicat Indépendant des Cheminots) a été plus prudent. Il a déclaré comprendre les frustrations des conducteurs, mais a précisé qu’il considérait que les négociations en cours étaient prioritaires.

Les dirigeants de tous les syndicats reconnus trouvent tous que les négociations devraient être prioritaires et qu’il est trop tôt pour faire grève. Mais ce qui est sur la table est encore très flou. Les organisations reconnues semblent se concentrer sur la question de ‘‘l’apnée’’, tandis que les revendications du SACT couvrent bien plus que cela. Le système malhonnête des primes, le manque de pauses, les horaires lourds et les pertes de salaire en cas de suspension préventive sont des points repris par ce syndicat. C’est également triste de lire que les syndicats demandent aux conducteurs d’avoir une certaine compréhension pour la pénurie de personnel qui les frappe.

Le SACT s’oppose aux questionnaires de prévention externes et veut seulement une enquête si le conducteur le souhaite. Libre Parcours (feuille syndicale de cheminots combatifs) comprend cette opposition du SACT à cause de l’impact sur le conducteur. Mais l’apnée du sommeil est une condition médicale à ne pas sous-estimer et qui peut être traitée. Tant pour les conducteurs que pour les passagers, il serait mieux de défendre le paiement de la totalité du salaire et des primes pour le temps que le conducteur ne peut pas conduire. Pour beaucoup de conducteurs, les primes représentent après tout environ 30 % de leur salaire net, il ne faut donc pas sous-estimer la perte si le conducteur ne peut pas conduire pendant un mois et perd toute sa prime. En incluant les primes dans les barèmes ce problème serait réglé plus généralement.

Il serait également utile d’exiger une analyse à grande échelle sur les troubles du sommeil et ses causes. Cela pourrait être effectué en consultation avec d’autres secteurs où une plus grande flexibilité et des quarts de travail qui exigent de travailler des heures indues posent des problèmes similaires. Sur cette base, une adaptation de l’horaire de travail pourrait être revendiquée. Cela serait bénéfique pour les conditions de travail, pour la santé du personnel et donc aussi pour la sécurité du personnel et des voyageurs.

Parmi les cheminots, on discute du fait que le SACT a mis en place son propre travail syndical et commence à se construire maintenant du côté néerlandophone où au moins dans un dépôt un grand nombre de conducteurs l’a rejoint. Nous comprenons que certains conducteurs font ce pas, même si nous mettons l’accent sur les avantages d’un syndicat plus large afin d’unifier tout le personnel. C’est principalement parce que l’ensemble du personnel n’est pas impliqué dans une lutte unitaire du personnel et des voyageurs qu’il existe un espace pour de plus petites fédérations et des groupes professionnels spécifiques.

Selon Libre Parcours, nous serions plus forts en agissant ensemble, sur base d’un plan d’action construit par la base et axé sur une lutte unifiée de l’ensemble du personnel, au-delà des frontières syndicales et avec une orientation vers les voyageurs. Après tout, les voyageurs aussi souffrent des conséquences de la charge de travail accrue du personnel : moins de ponctualité, trains annulés, trains bondés,… De plus l’augmentation de l’insécurité du travail du conducteur a aussi un impact sur les voyageurs.

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